UMOA : 7 questions stratégiques sur le capital bancaire


Une banque prête 100 milliards de plus. Combien de fonds propres cette croissance consomme-t-elle vraiment ?


La première question portait sur le socle : 20 milliards suffisent-ils ? La suivante portait sur le mouvement.
« Nous allons continuer à prêter, à financer l'économie. Est-ce que notre capital va suivre ? »

C'est la vraie question du pilotage. Une banque ne s'arrête pas une fois le capital minimum atteint. Elle accorde de nouveaux crédits, elle finance des entreprises, des projets, des ménages. Et, en règle générale, chaque nouveau crédit consomme du capital.

Pour comprendre pourquoi, il faut un mot de vocabulaire : les actifs pondérés par les risques, souvent désignés par leur sigle anglais RWA (risk-weighted assets).

Quand une banque accorde un crédit, le régulateur ne lui demande pas de détenir du capital sur le montant brut, mais sur un montant ajusté au risque. À chaque crédit, on applique une pondération : un pourcentage réglementaire qui dépend notamment de la catégorie de l'exposition (le type d'emprunteur : entreprise, particulier, État) et, dans certains cas, de la qualité de crédit de la contrepartie. Plus la pondération est élevée, plus l'exposition génère de RWA.

Prenons le cas d'un crédit à une entreprise sans notation externe. On est ici dans l'approche standard, la méthode de calcul en vigueur dans l'UMOA, où les pondérations sont fixées d'avance par le régulateur. Dans cette approche, un tel crédit reçoit une pondération de 100 %. Autrement dit, 100 milliards de crédits de ce type comptent pour 100 milliards d'actifs pondérés.

Intervient ensuite le ratio de solvabilité. La règle : la banque doit détenir des fonds propres réglementaires (les ressources que le régulateur reconnaît pour leur capacité à absorber les pertes) au moins égaux à un certain pourcentage de ses actifs pondérés. Dans l'UMOA, ce pourcentage minimal est de 9 %. En ajoutant le coussin de conservation de 2,5 %, une réserve de sécurité à constituer au-dessus du minimum, le niveau cible atteint 11,5 %.

Faisons le calcul. 100 milliards de crédits nouveaux, pondérés à 100 %, produisent 100 milliards d'actifs pondérés supplémentaires. Pour ces 100 milliards de RWA en plus, l'exigence minimale de fonds propres augmente de 9 milliards de FCFA. Pour maintenir le niveau cible de 11,5 % incluant le coussin de conservation, elle augmente de 11,5 milliards, dont 7,5 milliards en CET1, cette composante des fonds propres de base la plus solide, que nous avons rencontrée à l'épisode 1.

Voilà la réponse. Dans cet exemple, financer 100 milliards de crédits supplémentaires génère 100 milliards de RWA supplémentaires. L'exigence de fonds propres augmente de 9 milliards au titre du minimum réglementaire, et de 11,5 milliards pour maintenir le niveau cible incluant le coussin de conservation.
Et c'est un mécanisme différent de celui de l'épisode 1. Le seuil de 20 milliards est un plancher fixe. L'exigence de solvabilité, elle, évolue avec les risques pondérés : plus les RWA augmentent, plus le besoin de fonds propres augmente. Une banque peut donc être parfaitement en règle sur son capital social, et voir sa marge de manœuvre se réduire à mesure qu'elle prête.
Une précision importante, pour être juste. Ces montants ne sont pas nécessairement de l'argent à lever. Une banque qui dispose déjà d'une marge de capital au-dessus du minimum peut absorber une partie de cette croissance sans renforcement. Le besoin effectif dépend de la réserve dont elle dispose au départ. Mais le principe demeure : la croissance consomme du capital, et cette consommation doit s'anticiper.
Reste une question. Cette pondération est-elle toujours de 100 % ? Non. En approche standard, celle de l'UMOA, elle varie selon la catégorie de l'exposition et la qualité de la contrepartie. Et à l'international, d'autres juridictions autorisent des approches fondées sur les modèles internes de la banque, où le risque mesuré peut modifier fortement les RWA.

Pour une même exposition, standard ou avancé : quelle approche consomme le plus de capital ?

C'est la question du prochain épisode. Précision utile : dans l'UMOA, seule l'approche standard s'applique au capital réglementaire ; l'approche avancée y sera présentée comme comparaison internationale.

Atteindre le minimum réglementaire est une chose. Financer la croissance sans épuiser sa capacité en capital en est une autre.


À l'issue des 7 épisodes, je partagerai le support complet, avec les schémas, les calculs et les cas pratiques utilisés pour répondre à ces questions.

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Claudel FADOLO

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