Les 7 questions stratégiques sur le capital bancaire dans l'UMOA
Published 26 days ago • 4 min read
Pour un même crédit, deux méthodes de calcul, deux montants de capital. Et un résultat contre-intuitif.
À l'épisode 2, nous avons vu qu'un crédit pondéré à 100 % génère autant de risques pondérés (les RWA, la base de calcul du capital exigé) que son montant.
J'avais laissé une question en suspens : cette pondération de 100 % est-elle une fatalité ?
Prenons une question très concrète : si une banque considère certains de ses clients comme particulièrement solides, pourquoi doivent-ils parfois supporter la même pondération standard que des contreparties sensiblement plus risquées ?
La réponse tient à la méthode employée pour mesurer le risque.
Une précision d'emblée, pour éviter tout malentendu. Dans l'UMOA, la méthode réglementaire utilisée pour le capital au titre du risque de crédit est l'approche standard. Ce qui suit la compare à une approche avancée utilisée dans beaucoup de banques européennes. Je la présente comme point de comparaison internationale, parce qu'elle éclaire ce que le standard, par construction, ne voit pas. Les montants ci-dessous sont en euros, car cette comparaison s'appuie sur le cadre européen.
Deux méthodes, donc.
L'approche standard applique des pondérations fixées d'avance par le régulateur, selon la catégorie de l'emprunteur. Simple et robuste, mais peu fine : une entreprise sans notation applique100 %, qu'elle soit très solide ou fragile.
L'approche fondée sur les notations internes, ou IRB (de l'anglais internal ratings-based), rend au contraire le calcul des RWA sensible au niveau de risque estimé de l'emprunteur et de l'exposition. Dans les cas où l'approche avancée, dite A-IRB, est autorisée, la banque peut utiliser ses propres estimations de certains paramètres, notamment la perte en cas de défaut. Plus le client est sûr, plus les RWA baissent ; plus il est risqué, plus ils montent.
Pour alimenter la formule, il faut quatre ingrédients, que les banquiers appellent les paramètres de risque :
la PD (probabilité de défaut) : la probabilité que l'emprunteur fasse défaut sur un horizon d'un an. 1 %, c'est une chance sur cent.
la LGD (perte en cas de défaut) : la part réellement perdue si le défaut survient, une fois les garanties et récupérations prises en compte. 45 %, c'est perdre 45 centimes par euro prêté.
l'EAD (exposition en cas de défaut) : le montant en jeu au moment du défaut. Ici 10 M€.
la maturité : la durée de l'engagement. Ici 2,5 ans. Plus c'est long, plus c'est risqué.
Prenons un crédit à une entreprise : 10 M€, LGD 45 %, maturité 2,5 ans, PD 1 %. La LGD de 45 % est ici retenue comme hypothèse interne pour l'illustration. À titre de repère, sous CRR3, lorsqu'une LGD réglementaire s'applique à une exposition senior non garantie sur une entreprise non financière, cette LGD est désormais de 40 %.
En approche standard : pondération 100 %, donc RWA de 10 M€, et un capital exigé de 800 000 €. Le capital est calculé ici à 8 % des RWA, soit le minimum de fonds propres totaux du Pilier 1 prévu par le cadre européen, avant coussins et autres exigences additionnelles ; ce choix permet de comparer les deux méthodes sur une base identique. Dans l'UMOA, le minimum de fonds propres effectifs est de 9 % ; avec le seul coussin de conservation de 2,5 %, le seuil correspondant atteint 11,5 %, hors autres coussins éventuellement applicables. L'illustration isole ici l'effet de la formule IRB sur cette exposition ; elle ne tient pas compte de l'output floor, qui s'apprécie au niveau agrégé de l'établissement.
En approche avancée : la formule, alimentée par une PD de 1 %, donne des RWA de 9,23 M€, soit un capital de 739 000 €. Environ 8 % de moins qu'en standard.
Jusqu'ici, l'approche avancée semble toujours gagnante. C'est faux, et c'est le cœur de l'épisode.
Gardons exactement le même crédit, et faisons varier seulement la PD, c'est-à-dire la qualité de l'emprunteur. Le tableau ci-dessous montre ce qui se passe.
Voilà le résultat contre-intuitif. L'approche IRB n'est pas « moins chère » en soi. Elle est sensible au risque : elle peut réduire les RWA pour les contreparties les moins risquées et les augmenter lorsque le risque s'élève. Dans notre exemple, l'approche standard maintient à 100 % la pondération de l'entreprise non notée, alors que l'IRB réagit à l'évolution de la PD. À partir d'une PD d'environ 1,3 %, l'IRB devient ici plus coûteuse que le standard.
C'est la réponse à la question. Pour une entreprise non notée relevant de la pondération de 100 % retenue dans notre exemple, la qualité appréciée par le modèle interne ne modifie pas directement cette pondération standard ; une approche IRB, elle, ferait varier les RWA avec le niveau de risque. Mais dans l'UMOA, l'IRB n'est pas réglementaire, le standard s'impose. Les modèles internes y conservent néanmoins toute leur utilité pour la mesure et le pilotage des risques, la tarification, les stress tests et l'allocation interne du capital, sans pour autant réduire les RWA réglementaires du Pilier 1.
Une précision importante, pour être juste. Ces montants ne sont pas nécessairement de l'argent à lever. Une banque qui dispose déjà d'une marge de capital au-dessus du minimum peut absorber une partie de cette croissance sans renforcement. Le besoin effectif dépend de la réserve dont elle dispose au départ. Mais le principe demeure : la croissance consomme du capital, et cette consommation doit s'anticiper.
Reste une question. Cette pondération est-elle toujours de 100 % ? Non. En approche standard, celle de l'UMOA, elle varie selon la catégorie de l'exposition et la qualité de la contrepartie. Et à l'international, d'autres juridictions autorisent des approches fondées sur les modèles internes de la banque, où le risque mesuré peut modifier fortement les RWA.
Ce qui amène la vraie question de fond. Nous avons parlé jusqu'ici du capital que le régulateur exige. Mais est-ce le même que le capital dont la banque a réellement besoin, compte tenu de ses risques propres ? Pas toujours. Et l'écart entre les deux porte un nom.
C'est la question du prochain épisode.
Mesurer le risque avec une pondération uniforme est une chose. Le mesurer en fonction du niveau de risque estimé de chaque exposition en est une autre.
À l'issue des 7 épisodes, je partagerai le support complet, avec les schémas, les calculs et les cas pratiques utilisés pour répondre à ces questions.
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