Les 7 questions stratégiques sur le capital bancaire dans l'UMOA
Published 12 days ago • 3 min read
Le régulateur fixe un minimum. La banque, elle, mesure ce dont elle a vraiment besoin. Les deux ne coïncident pas toujours.
L'épisode 3 s'est refermé sur une question. Nous avions parlé du capital que le régulateur exige. Mais est-ce le même que le capital dont la banque a réellement besoin, compte tenu de ses risques propres ? Pas toujours. L'écart oppose deux notions qu'il faut distinguer : le capital réglementaire et le capital économique.
Pour les comprendre, une distinction préalable éclaire tout le reste : celle entre la perte attendue et la perte inattendue.
Dans un portefeuille de crédits, une certaine perte peut être anticipée en moyenne. Cette perte moyenne s'appelle la perte attendue (en anglais expected loss, EL). Dans un schéma simplifié de risque de crédit, elle s'écrit PD x LGD x EAD, à partir des trois paramètres rencontrés à l'épisode 3.
Mais les pertes peuvent dépasser ce niveau attendu. Cet excédent constitue la perte inattendue (unexpected loss, UL). Dans cette représentation simplifiée, la perte attendue est principalement prise en compte dans la tarification et les provisions, tandis que le capital vise à absorber les pertes inattendues. C'est ce capital que nos deux notions cherchent à dimensionner, chacune à sa manière.
Ce capital, justement, se lit à travers quatre notions qu'un public bancaire confond souvent, et qui renvoient à deux logiques distinctes. Le tableau ci-dessous les met face à face.
D'un côté, le capital social et les fonds propres de base T1 renvoient à des seuils et à des ressources de fonds propres que la banque doit effectivement détenir. Dans l'UMOA, le T1 doit notamment rester au moins égal au capital social minimum ; il est également soumis à une exigence de ratio par rapport aux risques pondérés.
De l'autre, le capital réglementaire et le capital économique répondent à une question différente : combien de capital faut-il mobiliser face aux risques ? Le premier résulte des règles prudentielles du Pilier 1. Le second correspond au besoin de capital estimé en interne par la banque au regard de son profil de risque.
Dans le cadre UMOA, la notion réglementaire de référence est celle de fonds propres internes, les fonds propres que la banque estime nécessaires pour couvrir l'ensemble de ses risques, du Pilier 1 et au-delà ; leur adéquation est évaluée par le PIEAFP, l'appellation locale de l'ICAAP, au titre du Pilier 2 de Bâle.
Ce sont donc nos deux dernières notions qui nous intéressent ici.
Le capital réglementaire répond à la question « que demandent les règles ? » ; il repose sur des règles prudentielles communes et standardisées, ce qui facilite la comparabilité entre établissements.
Le capital économique répond à une question plus interne : compte tenu de notre profil de risque, de nos concentrations et de nos scénarios de stress, de combien de fonds propres avons-nous besoin pour rester suffisamment capitalisés ?
Reste à comprendre pourquoi les deux montants peuvent différer.
Les exigences du Pilier 1 reposent sur des règles standardisées et ne reflètent pas intégralement toutes les spécificités du portefeuille de chaque banque : concentration sectorielle ou géographique, dépendance à quelques grands clients, risques non ou insuffisamment pris en compte par le Pilier 1.
L'ICAAP vise précisément à intégrer ces spécificités dans l'évaluation des fonds propres internes. Le facteur le plus parlant est la concentration : plus les expositions se cumulent sur un même secteur, une même région ou quelques grands clients, plus les pertes se concentrent dans un scénario de stress, et plus le besoin de capital estimé en interne s'élève.
Le point à retenir : respecter les minima réglementaires ne garantit pas que les fonds propres effectivement disponibles soient suffisants au regard du besoin interne estimé par la banque. Les deux lectures doivent donc être suivies simultanément.
Une précision sur le cadre UMOA. Le capital réglementaire du risque de crédit s'y calcule en approche standard, comme aux épisodes précédents.
Le capital économique, lui, n'est pas une exigence de fonds propres minimaux au titre du Pilier 1 : il relève d'abord du pilotage interne et de l'ICAAP. Mais l'ICAAP fait lui-même l'objet d'une évaluation prudentielle au titre du Pilier 2, et le superviseur peut demander un niveau de fonds propres supérieur aux minima réglementaires.
Cette évaluation interne peut ainsi mettre en évidence des besoins de capital que les seules exigences du Pilier 1 ne reflètent pas intégralement.
Cela conduit à une situation frappante. Deux banques peuvent afficher exactement le même capital réglementaire, et pourtant ne pas présenter le même profil de risque. Laquelle est alors la plus solide, et pourquoi ?
C'est la question du prochain épisode.
Respecter le minimum réglementaire est une chose. Détenir le capital qu'appelle son propre profil de risque en est une autre.
À l'issue des 7 épisodes, je partagerai le support complet, avec les schémas, les calculs et les cas pratiques utilisés pour répondre à ces questions.
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